11 projets pour faire évoluer le cadre de la circularité en Wallonie
De nombreuses entreprises développent des projets circulaires mais se retrouvent à un moment donné bloquées suite à un souci juridique, administratif, technique ou normatif. Afin d’aider ces entreprises à surmonter ces obstacles, nous avions lancé l’année passée un appel pilote nommé « cadre in vivo ». A l’issue de celui-ci, 11 entreprises wallonnes ont été sélectionnées et sont à présent accompagnées par des experts. Dans cet article, nous vous détaillons leurs projets ainsi que les freins à lever pour permettre leur bonne réalisation.

Absence de cadre clair pour les systèmes de consigne non alimentaires

LaverVert, PME namuroise, fabrique depuis 2019 des produits d’entretien écologiques. Son projet vise à compléter son offre de produits en vrac par un système de bouteilles en verre consignées, lavées et réutilisées localement.

  • Freins identifiés : La consigne est aujourd’hui pensée pour l’alimentaire. Pour les produits d’entretien, aucun cadre reconnu n’existe : standards inexistants, incertitudes réglementaires, manque de partenaires prêts à s’engager.

Marchés publics inadaptés aux modèles circulaires

Loopipak développe, fabrique et commercialise des emballages logistiques réutilisables (caisses, enveloppes, sacs, housses de palette, …) en alternative directe aux emballages à usage unique (carton, plastique étirable de palettisation, film bulles…). Ces emballages sont éco-conçus à partir de matériaux de réemploi (bâches publicitaires, panneaux publicitaires…) et sont produits en Belgique, dans des entreprises de travail adapté.

  • Freins identifiés : L’attribution des marchés publics reste centrée sur le coût immédiat, pénalisant les solutions réutilisables, plus compétitives sur le cycle de vie. La loi postale oblige les transporteurs à intégrer l’impact environnemental de l’emballage dans leur scope 3, mais aucune mesure concrète de soutien ou de suivi n’est actuellement en place pour accompagner la transition vers la réutilisation. Le cadre légal reste flou, les transporteurs manquent d'incitants et cela ralentit l'intégration de solutions « réutilisables » dans les offres logistiques.

Intégration de la circularité dans les référentiels normatifs (Qualiroute / BENOR)

  • Entreprise accompagnée : Hublet

Hublet est une entreprise active notamment dans le recyclage d’inertes et plus particulièrement dans le lavage de matériaux mixtes terreux afin d’en extraire les sables et les granulats pour une valorisation dans le béton.

  • Freins identifiés : Des matériaux recyclés techniquement conformes restent interdits dans les marchés publics faute d’intégration normative. L’innovation existe, mais l’absence de mise à jour des référentiels bloque leur adoption. Ces référentiels sont des catalogues visant à fournir l’ensemble des spécifications techniques générales et des prescriptions relatives au secteur de la construction routière à intégrer dans le cadre des marchés publics de travaux. Lorsque ces référentiels ne sont pas mis à jour régulièrement, ce qui permettrait d’intégrer les innovations en matière de pratiques d’économie circulaire, les entreprises ne peuvent pas soumettre une offre pour répondre aux marchés publics, faute de reconnaissance.

Flou juridique autour de la propriété et du statut des matières upcyclées

L.Factory Repair and Wear Studio est une entreprise qui propose des services de réparation et de retouches visant à prolonger la durée de vie des textiles déjà en possession des clients. Elle valorise également les textiles d’occasion en les triant, en les traitant et en les remettant en état d’usage, tout en développant une activité de production basée sur l’upcycling. Par ailleurs, l’entreprise porte une dimension sociale en offrant des opportunités de formation à des personnes éloignées de l’emploi et en les accompagnant dans leur retour à la vie active.

  • Freins identifiés : Le statut juridique des textiles upcyclés reste incertain. Lorsqu’un vêtement provenant d’une marque est démonté pour récupérer le tissu et le transformer, par exemple en sac, la question se pose du statut du produit final et des droits éventuellement associés à la marque d’origine. Les législations à venir au niveau européen sont encore floues, notamment en ce qui concerne la REP pour le textile et sa transposition sur le territoire wallon.

Intégration des nouveaux systèmes constructifs dans les marchés public

Icontech est une entreprise de construction modulaire qui conçoit, industrialise et fabrique des modules constructifs volumétriques permettant la réalisation d’immeubles de logements, de bureaux ou mixtes, ainsi que des bâtiments pour les collectivités et de rehausses d’immeubles. 

  • Freins identifiés : Les conditions d’accès aux marchés publics et de gestion des chantiers publics sont contraignantes pour les entreprises qui innovent en matière de systèmes constructifs circulaires (modularité, préfabrication, etc.). 

Clarification du statut des panneaux photovoltaïques reconditionnés

  • Entreprise accompagnée : RECMA

RECMA est une entreprise active dans le démantèlement et le reconditionnement des panneaux photovoltaïques. 

  • Freins identifiés : Les panneaux usagés arrivent juridiquement comme déchets ; leur revente reste bloquée malgré un processus de test et de réparation, ce qui représente un frein majeur pour le développement d’une filière de panneaux photovoltaïques de seconde main en Wallonie.

Déchets ou sous-produit ? Absence de ligne claire pour les flux industriels

2Valorise Amel est spécialisé dans la production d'énergies vertes, électricité et chaleur. Le site opère deux unités de cogénération biomasse de 20 MW, chacune sur son site à Amel (Communauté germanophone). Par ailleurs, de l'électricité et de la chaleur vertes sont produites à partir de 150 000 tonnes de déchets organiques en fin de vie (bois A).

  • Freins identifiés : Les cendres issues de la cogénération biomasse pourraient être valorisées, mais leur statut reste flou ce qui complique le développement de nouveaux débouchés circulaires en Wallonie pour ce flux.

Absence de cadre proportionné pour les micro-unités de biométhanisation

Le projet Gas N' Roses encourage les ménages et les petites collectivités à valoriser leurs déchets organiques en les transformant, localement, en biogaz. Dans ce contexte, le projet Gas N’Roses entend développer la valorisation énergétique locale des déchets organiques en promouvant l’installation de petites unités de biométhanisation au niveau domestique mais aussi au niveau des petites collectivités (quartiers, écoles, maisons de repos, …) et des petits producteurs (maraîchage, restaurants, …).

  • Freins identifiés : Les installations domestiques ou de quartier sont soumises aux mêmes règles que des unités industrielles. Les procédures et les réglementations sont perçues comme disproportionnées, empêchant l’innovation locale.

Manque de catégorie administrative adaptée aux petites unités professionnelles

Waste-end conçoit et commercialise des unités de méthanisation en conteneurs maritimes, capables de traiter entre 40 et 200 kg de biodéchets par jour. L’objectif est de proposer aux cuisines collectives une solution simple, locale et modulaire de traitement de leurs biodéchets, en générant du biogaz pour l’eau chaude ou la cuisson, et du digestat utilisable comme fertilisant. 

  • Freins identifiés : Les unités de méthanisation compactes (40–200 kg/jour) sont traitées comme des installations lourdes, ce qui freine le déploiement de ces petites unités de biométhanisation permettant de valoriser localement les biodéchets à la source et réduire les couts de collecte.

Vide réglementaire concernant les technosols

Le projet vise à développer, lancer et produire des technosols (sols reconstitués techniques) chez Belgarena. Les déchets de construction et de démolition, dont les terres excavées, n'ont actuellement que peu de débouchés possibles autres que le remblaiement au sein de sites récepteurs ou l'enfouissement technique. Les technosols permettent d’enrichir les terres et d’améliorer leur qualité, de reconstituer des sols fertiles pouvant être réutilisés à des fins autres que le simple remblai en enfouissement.

  • Freins identifiés : Les technosols se situent à l’intersection de plusieurs cadres réglementaires sans articulation claire, leur vente n’étant pas encore encadrée légalement en Belgique, limitant par la même occasion les développements économiques et les pratiques innovantes de circularité sur le traitement des sols et des terres.
Retour aux actualités